Dans le roman, Le lotus d’or et les trois pyramides du pharaon Snefrou Christian Jacq met en filigrane une amitié d’enfance entre Snefrou et Rek. De l’enfance aux années de formation comme scribes, les deux s’étaient liés d’une amitié solide et une estime réciproque. Mais cette solide amitié n’était que d’apparence. A l’épreuve des ambitions et du pouvoir, l’amitié se fissure et s’effondre.
Rek est issu d’une famille riche et influente. Très tôt, il nourrit une ambition claire celle de jouer un rôle de premier plan dans la gouvernance du pays. Et quand la santé du pharaon Houni s’est considérablement dégradée, il se persuade que le pouvoir doit naturellement lui revenir. Convaincu que son rang, ses alliances et son intelligence politique suffisent, il active tous les leviers possibles pour se positionner comme héritier légitime. Il intrigue, manœuvre, cherche à convaincre le Grand Conseil que le pouvoir lui revient de droit.
Snefrou tout aussi brillant que Rek – ils étaient les deux meilleurs élèves scribes – à l’inverse suit une trajectoire différente. Il n’est pas engagé dans une quête explicite du pouvoir. Moins visible, moins exposé, mais d’une grande profondeur intérieure et spirituelle. Il évolue avec une forme de retenue, Il n’active rien, ne force rien.
Contre toute attente, le Pharaon Houni avant de rendre son dernier souffle, désigne Snefrou comme son successeur, au grand désarroi de son ami Rek.
C’est à partir de ce moment que l’amitié bascule. Rek vit cette désignation comme une injustice existentielle. Lui le plus brillant, le plus charismatique, lui issu de l’aristocratie égyptienne, non le pouvoir ne pouvait lui échapper. Non seulement il perd le pouvoir, mais il est battu par celui qu’il considérait comme son inférieur. Ce désaveu qui aurait dû l’amener à l’introspection l’a, au contraire, conduit à la radicalisation. Ce pouvoir doit lui revenir. Coûte que coûte !
Rek entre alors dans une logique de compétition totale, faite d’intrigue de malice, de trahison et de haine. Il ne cherche plus seulement à accéder au pouvoir : il veut renverser Snefrou. L’ami devient l’obstacle. Le frère devient l’ennemi.

La situation des deux amis d’enfance révèle alors un contraste. Pendant que Rek incarne une ambition fondée sur le calcul, la vitesse et la domination, Snefrou lui est confronté au pouvoir qu’il n’a pas recherché. Il est contraint à une transformation intérieure.
Les pyramides qu’il fait ériger, progressives, traduisent ce cheminement difficile : apprendre à gouverner sans se perdre, apprendre à exercer un pouvoir qui n’a pas été conquis par la force mais reçu comme une épreuve. Le lotus, symbole central du roman, renvoie à cette sagesse qui pousse dans la boue, s’élève sans violence et ne s’ouvre qu’en son temps.
Le livre montre ainsi comment l’ambition sans intériorité transforme l’amitié en rivalité destructrice, tandis que la quête spirituelle peut, paradoxalement, faire émerger un leadership plus stable et plus humain.
Cette trajectoire croisée de Snefrou et de Rek met à nu des mécanismes toujours à l’œuvre aujourd’hui : le rapport au pouvoir, à l’ego, à la reconnaissance, et à nos failles intérieures. De cette lecture, j’ai retenu quelques sagesses que je voudrais partager avec vous :
- Celui qui cherche à régner sur les autres sans avoir gouverné son cœur prépare sa propre servitude et/ou sa perte
Rek désire le pouvoir pour un seul but, celui de s’affirmer et de se confirmer. Il ne voulait pas pour servir son peuple. Son ambition ne cherche pas l’ordre du monde, mais la réparation d’un manque intérieur. Asseoir d’abord sa paix intérieure, découvrir le sens profond de son existence est une étape clé avant de nourrir toute ambition. Malheureusement ce n’est plus le cas dans nos sociétés actuelles où l’on fait la promotion de la réussite tous azimuts avant une maturité intérieure.
- Ce que l’ego obtient ressemble à une victoire ; ce que l’âme reçoit devient une responsabilité.
On entend souvent dire qu’il faut avoir le triomphe modeste quand nous remportant une victoire politique, sportive ou autre. En réalité, dans la sagesse intérieure, les vraies responsabilités ne se demandent pas. Elles viennent d’elles-mêmes, se poser sur les épaules de celui qui peut les porter après un cheminement initiatique le plus souvent inconscient.
Dans le roman, Snefrou ne conquiert pas le pouvoir, il le reçoit et le considere comme une responsabilité à assumer pour servir son peuple.
- Un frère, un ami peut devenir ennemi quand l’ego refuse de perdre
Certes Rek souffre d’avoir perdu. Mais Il souffre beaucoup plus parce que son ego n’accepte pas d’être relégué au second plan. Snefrou occupe désormais une place qu’il pensait être sienne par nature. Ce point fait parfaitement écho au livre de « l’ego est l’ennemi » de Ryan Holiday. Rek pouvait soutenir son ami et le soutenir dans son règne. Mais non, ça devait être lui et non son ami.
Qui veut s’élever avant de se dépouiller alourdit sa chute
C’est ce que le premier ministre ivoirien Beugré Mambé disait plus simplement : « Pour monter, il faut descendre. » Nombreux sont ceux qui pensent que l’ascension c’est monter en savoir, en statut, en reconnaissance, en influence. Ce qui n’est pas totalement erroné. Mais l’ascension du point de vue spirituelle, c’est totalement l’inverse dans un premier temps. La montée spirituelle commence par une descente en soi pour accepter de regarder ses peurs, ses manques, ses blessures, ses faiblesses, son orgueil, ses colères, tous ses cotés sombres. C’est seulement après que l’ascension apparente peut commencer dans un second temps. Sinon plus l’ego est lourd, plus la chute est violente.
- Le véritable leadership est une présence qui n’impose pas
Le leadership authentique ne cherche pas à s’imposer. Une présence juste n’a pas besoin de forcer l’adhésion. Elle rassure, oriente et influence sans écraser. Cette présence naît de l’humilité
Dans le roman, Snefrou apprend cela progressivement tandis que Rek veut s’imposer par tous les moyens. L’histoire de Snefrou et de Rek nous rappelle que le pouvoir ne transforme pas les hommes, il les révèle. Il révèle ce qui a été travaillé en silence, comme ce qui a été laissé en friche. Entre l’ego qui réclame et l’âme qui reçoit, chacun est appelé à choisir ce qu’il veut gouverner en premier.

DItes-moi ce que vous en pensez…